Qui est Emilie Chatelain ?
Une passeuse de mémoire
Il y a, dans les Vosges, un cimetière où reposent des soldats venus d’un autre continent pour ne jamais rentrer chez eux. Sur l’une des tombes du cimetière américain de Dinozé est gravé un nom : Everett Ryan. Emilie Chatelain en est la marraine, comme d’autres habitants de la région le sont pour d’autres tombes, dans une tradition locale de mémoire discrète et durable.
Elle n’a pas connu Everett Ryan, et plus personne, aujourd’hui, ne le connaît vraiment. Mais un nom sur une pierre a suffi à engager un travail patient : chercher, à des milliers de kilomètres, une famille qui ignorait peut-être tout de cette tombe entretenue en France depuis des décennies. Des recherches, des messages envoyés sans certitude de réponse, des recoupements, jusqu’à ce qu’apparaisse enfin un visage : celui de Liz, la nièce d’Everett Ryan. Par elle, un nom gravé est redevenu une histoire, une famille, une mémoire vivante.
Ce geste raconte, mieux qu’aucune présentation, ce que fait Emilie Chatelain depuis qu’elle a quitté quinze années passées dans l’insertion professionnelle pour se consacrer à l’écriture et à la transmission. Autrice, conférencière, créatrice du podcast Maman à Maman, au cœur du TDAH, elle s’intéresse aux destins humains, à la place des femmes dans l’Histoire et au regard que notre époque porte sur la différence. Mais derrière ces intitulés, il y a d’abord une méthode, éprouvée loin des projecteurs, sur la tombe d’un inconnu.
Cette méthode tient en quelques gestes précis. Partir d’un destin, souvent réduit à presque rien : une date, un nom, une ligne. Chercher. Recouper. Retrouver, quand c’est encore possible, ceux qui peuvent témoigner. Reconstituer, avec patience, ce que le temps avait dispersé. Transmettre, enfin, avec la rigueur que l’on doit aux faits et l’égard que l’on doit aux vivants.
C’est très exactement ce qu’elle fait aujourd’hui avec Marie Curie, Joséphine Baker, Agatha Christie, Coco Chanel ou Geneviève de Gaulle. Ces femmes-là non plus, elle ne les a pas connues. Mais elle leur applique le même soin qu’à Everett Ryan : ne pas se satisfaire de la ligne que l’Histoire a bien voulu leur laisser, aller chercher ce qu’il y a derrière, restituer une existence plutôt qu’un résumé.
Il existe un mot pour désigner celles et ceux qui font ce travail : passeur de mémoire. Il convient à Emilie Chatelain, à condition de l’entendre au sens le plus concret. Non pas quelqu’un qui s’émeut d’une histoire, mais quelqu’un qui va la chercher, la vérifie, et la ramène jusqu’à nous intacte, avec ce qu’il faut de rigueur pour qu’elle résiste au temps et ce qu’il faut d’émotion pour qu’elle continue de nous parler.
Ce travail, elle le partage sous plusieurs formes, qui toutes se répondent. Un podcast, où il est question de maternité, de différence et de transmission. Des conférences narratives, pensées pour un public de médiathèque, de musée ou de festival autant que pour ceux qui la découvrent en ligne, où elle raconte des vies entières plutôt que des fiches biographiques. Une manière d’écrire qui se méfie des certitudes faciles et des diagnostics posés après coup, et qui préfère, toujours, la question à l’affirmation.
Il ne s’agit pas de vulgariser l’Histoire. Il s’agit de la rendre habitée : par des noms, des visages, des familles retrouvées, des femmes remises debout dans leur époque.
Je raconte les femmes qui ont changé le monde pour nous aider à regarder autrement la différence.